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Répression méthodique de l’Église de Dieu Tout-Puissant par la Chine : une année de persécution record

Répression méthodique de l’Église de Dieu Tout-Puissant par la Chine : une année de persécution record

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Répression méthodique de l’Église de Dieu Tout-Puissant par la Chine : une année de persécution record

L’Église de Dieu Tout-Puissant (CAG) a publié son rapport annuel sur la persécution pour l’année 2026 le 13 février, documentant l’année de répression étatique la plus sévère depuis le début de la collecte systématique de données par l’organisation en 2017. Le rapport révèle des statistiques alarmantes : 19 191 arrestations, 2 291 condamnations à l’emprisonnement, 23 décès attribués à la persécution et environ 47 millions de dollars de biens confisqués. Ces chiffres témoignent d’une campagne d’élimination institutionnelle coordonnée, et non d’actions répressives isolées.

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Répression méthodique de l'Église de Dieu Tout-Puissant par la Chine : une année de persécution record

BRUXELLES – L’espace Eglise du Dieu Tout-Puissant (CAG) a publié son rapport annuel sur les persécutions Le 13 février 2026, un rapport documentant ce que ses données indiquent être l’année la plus sévère de répression étatique depuis que l’Église a commencé à publier des rapports systématiques en 2017. Les chiffres contenus dans le rapport — 19 191 arrestations, 2 291 condamnations à des peines de prison, 23 décès attribués à la persécution et au moins 330 millions de RMB (environ 47 millions de dollars américains) d’avoirs confisqués — dressent le tableau d’une campagne étatique globale qui ne fonctionne pas comme une série d’actions policières isolées, mais comme un programme coordonné d’élimination institutionnelle.

Le rapport est disponible à l’adresse suivante : plateforme de documentation officielle de l’égliseCe rapport couvre l’année civile 2025 et englobe toutes les principales provinces et municipalités de la République populaire de Chine. En raison du strict blocus de l’information imposé par le Parti communiste chinois (PCC), les auteurs précisent tout au long du rapport que tous les chiffres sont des estimations prudentes et que des régions entières — notamment la région autonome ouïghoure du Xinjiang — restent de facto inaccessibles à toute documentation indépendante.

Une « bataille acharnée de trois ans » contre une communauté religieuse

Pour comprendre l’année 2025, il est essentiel de saisir le cadre politique qui la sous-tend. En août 2023, le PCC a officiellement lancé ce que des documents internes et des déclarations policières qualifient de « Bataille acharnée de trois ans » (janvier 2024 – décembre 2026), une campagne de répression coordonnée à l’échelle nationale, ciblant explicitement le CAG et placée sous le couvert de la « sécurité nationale ». Cette campagne faisait suite à la « Bataille générale de trois ans » (septembre 2020 – août 2023), qui, selon le rapport, a « provoqué de graves perturbations » sans toutefois parvenir à freiner l’expansion de l’Église, désormais présente dans plus de 100 pays.

Le dispositif institutionnel déployé en 2025 dans ce cadre est considérable. Selon le rapport, les quotas de perquisitions et d’arrestations étaient directement liés aux évaluations de performance et aux primes des agents de sécurité publique de terrain, transformant ainsi la répression en un objectif bureaucratique mesurable. Des récompenses en espèces, allant de plusieurs centaines à plusieurs dizaines de milliers de dollars américains, étaient offertes aux citoyens qui dénonçaient les membres du CAG. Les unités de protection de la sécurité intérieure étaient coordonnées avec la police criminelle, la police spéciale et les forces de police armées dans le cadre d’opérations conjointes. L’infrastructure de surveillance de pointe connue sous les noms de « Skynet » et « Sharp Eyes », combinée à des systèmes de reconnaissance faciale, des flottes de drones, l’analyse de données massives et des dispositifs de suivi des vélos électriques, constituait l’ossature logistique des arrestations.

Un policier cité dans le rapport, lors d’une opération menée en avril dans le comté de Ju, province du Shandong, a déclaré avec une franchise particulière : « Cette année et l’année prochaine, nous devons anéantir l’Église de Dieu Tout-Puissant. » Un autre officier, lors d’une opération distincte menée en octobre à Qingdao, a déclaré : « La Chine n’autorise absolument pas la croyance en un Dieu tout-puissant — c’est la Chine de Xi Jinping. »

Arrestations à des niveaux records : une escalade mensuelle

Les chiffres d’arrestations consignés dans le rapport de 2025 révèlent une campagne qui s’est intensifiée progressivement tout au long de l’année. On a dénombré au moins 430 arrestations en janvier. En juin, ce chiffre mensuel avait atteint au moins 2 387, soit un nombre d’arrestations supérieur à celui de toute l’année 2017. En septembre, 2 447 arrestations ont été enregistrées. Le total de 19 191 arrestations pour l’année est qualifié par le rapport de chiffre annuel le plus élevé jamais enregistré.

Sur le plan opérationnel, il ne s’agissait pas de répressions locales désorganisées. Le rapport documente des opérations coordonnées et simultanées dans plusieurs villes d’une même province, avec des groupes de travail composés de centaines d’agents, une surveillance pré-opérationnelle s’étalant sur des mois, voire des années, et des instructions émanant des bureaux de sécurité publique provinciaux. Lors d’une opération menée fin mai dans le district de Zhangqiu et la ville de Dezhou, dans la province du Shandong, un officier de police a confirmé : « Cette opération fait suite à une directive centrale. Le département provincial de la sécurité publique et les bureaux municipaux de la sécurité publique ont mené conjointement cette vaste opération d’arrestation. »

Un schéma particulièrement frappant est le ciblage délibéré des croyants âgés. Environ 7 000 personnes de 60 ans et plus ont été arrêtées dans seulement dix provinces. Le détenu le plus âgé recensé avait 93 ans. Un homme de 82 ans figurait parmi les personnes arrêtées lors d’une opération menée en janvier à Laixi, dans le Shandong. Un homme de 84 ans, à mobilité réduite, a été arrêté à son domicile en juin à Taizhou, dans le Jiangsu, par des agents qui ont utilisé une inspection de son logement comme prétexte. Le rapport souligne que les quotas d’arrestations et les incitations financières ont exercé une pression institutionnelle incitant à poursuivre tout membre identifiable du CAG, sans distinction d’âge ou d’état de santé.

Torture, lavage de cerveau et les « trois déclarations »

Le rapport, qui documente les conditions de détention, indique que la coercition physique est appliquée de manière systématique et ne constitue pas un comportement individuel isolé. Sur les 19 191 personnes arrêtées, au moins 8 996 ont subi des actes de torture ou un lavage de cerveau forcé. Parmi les méthodes décrites figurent la privation de sommeil, l’exposition prolongée à des documents de propagande, l’immobilisation sur des « bancs de torture », les chocs électriques, l’exposition au froid extrême par immersion délibérée dans l’eau et les passages à tabac.

L’objectif affiché de ces pratiques est de contraindre les détenus à signer l’un des deux ensembles de documents suivants : les « Trois Déclarations » (comprenant une Déclaration de Garantie, une Déclaration de Repentance et une Déclaration de Renonciation à la Foi) ou les « Cinq Déclarations », qui ajoutent une Déclaration d’Aveux et une Déclaration de Dénonciation. Le caractère systématique de cette exigence – reproduite dans des centres de détention et des installations de lavage de cerveau improvisées à travers des dizaines de provinces – suggère un protocole idéologique centralisé plutôt qu’une improvisation locale.

Un témoignage relatif à une opération menée le 23 mai à Chengdu, dans le Sichuan, décrit l’interrogatoire d’une détenue : les policiers lui ont donné plusieurs coups de poing au menton, projetant sa tête contre le mur, ce qui lui a déchaussé les dents et provoqué des saignements buccaux. Par ailleurs, en juin à Taizhou, dans le Jiangsu, une femme de 61 ans a été aspergée d’eau froide à deux reprises et maintenue dans une pièce climatisée, vêtue de vêtements mouillés ; les lésions à la gorge qui en ont résulté ont nécessité trois mois de soins médicaux. Une opération menée en juin à Xuzhou, dans le Jiangsu, a visé un centre de lavage de cerveau gardé par plusieurs centaines de policiers, dont des agents armés.

Au moins 23 membres du CAG sont décédés en 2025 des suites directes de persécutions. Parmi les causes documentées figurent des maladies non traitées après l’arrestation, des blessures subies lors d’interrogatoires et une détérioration de leur état de santé sous la pression continue exercée après leur libération. Le rapport mentionne notamment le cas de Yu Xiaomei, décédée après une période de négligence médicale suite à sa détention.

Condamnation internationale : un bilan croissant mais incomplet

L’ampleur de la répression documentée dans le rapport 2025 du CAG ne se distingue pas des évaluations des organismes internationaux de défense des droits de l’homme, même si le CAG a bénéficié d’une attention moins individualisée que les musulmans ouïghours ou les bouddhistes tibétains dans les forums multilatéraux.

La Commission américaine sur la liberté religieuse internationale (USCIRF), dans son rapport annuel 2025 portant sur la situation en 2024, cite explicitement l’Église de Dieu Tout-Puissant et le Falun Gong parmi les groupes ciblés par le gouvernement chinois, qualifiés de « sectes » illégales. Elle documente le cas de « milliers d’adeptes » victimes d’« arrestations, d’emprisonnements et de mauvais traitements, y compris des décès dus à des abus en détention ». L’USCIRF a recommandé à plusieurs reprises au Département d’État américain de désigner la Chine comme un pays particulièrement préoccupant (CPC) – une désignation que la Chine occupe sans interruption, la dernière ayant été renouvelée le 29 décembre 2023 en vertu de la loi sur la liberté religieuse internationale (IRFA). La commission a nommément identifié Mo Xiufeng, membre de l’Église de Dieu Tout-Puissant, dans sa base de données des victimes.

Les rapports du département d’État américain sur la liberté religieuse internationale documentent également le maintien par le PCC de la classification du CAG comme un « xie jiao » (enseignement hétérodoxe) illégal, une désignation juridique qui criminalise de fait l’appartenance et permet l’application des dispositions du droit pénal relatives aux activités « sectaires », passibles de peines pouvant aller jusqu’à la prison à vie.

En 2024, pendant Examen périodique universel de la Chine Devant le Conseil des droits de l’homme de l’ONU, les États membres de l’ONU ont exhorté Pékin à ratifier le Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP) — un traité dont l’article 18 offre la protection la plus directement applicable à la liberté de pensée, de conscience et de religion — et à autoriser les procédures spéciales de l’ONU à effectuer des visites. Haut Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme Volker Türk L’ONU a appelé la Chine à mettre en œuvre les recommandations du HCDH et d’autres organes des Nations Unies, tandis que le Haut-Commissariat a reconnu en août 2024 que des progrès en matière de droits de l’homme pour les minorités religieuses restaient inexistants.

Le cadre juridique invoqué par les autorités chinoises contre le Tribunal pénal international pour le Canada (TPI) est en contradiction flagrante avec plusieurs instruments internationaux contraignants ou largement reconnus. L’article 18 de la Déclaration universelle des droits de l’homme et sa codification à l’article 18 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP) protègent le droit de manifester sa foi « dans le culte, les observances, les pratiques et l’enseignement », et précisent que ce droit ne peut être limité que dans la mesure « nécessaire à la protection de la sécurité publique, de l’ordre public, de la santé ou de la moralité publiques, ou des droits et libertés fondamentaux d’autrui ». Les pratiques décrites dans le rapport du TPI – torture systématique pour contraindre à l’abjuration de la foi, condamnations pénales pour participation à des rassemblements et pillage de biens personnels – ne trouvent aucun fondement légitime au regard de ces dispositions.

La Convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants, à laquelle La Chine a adhéré en 1988.La Constitution interdit la torture « en toutes circonstances » et oblige les États à enquêter sur les actes de torture commis par des agents publics et à en poursuivre les auteurs. Le recours systématique à la coercition physique, décrit dans le rapport de 2025 et confirmé dans de nombreuses provinces et des centaines de cas individuels, constitue un ensemble de preuves substantielles justifiant cette obligation.

Une campagne définie par ses propres responsables

Ce qui distingue le rapport 2025 du CAG des documents de plaidoyer plus généraux, c’est la mesure dans laquelle il est corroboré – souvent involontairement – ​​par les déclarations des responsables mêmes menant les opérations. Les citations ne proviennent pas de sources dissidentes : il s’agit de déclarations faites par des policiers, des capitaines de la sécurité intérieure et des secrétaires du parti au niveau des villages aux membres du CAG qu’ils étaient en train d’arrêter. Un capitaine de la sécurité intérieure de la province du Henan, expliquant les méthodes de surveillance en août, a décrit l’utilisation de véhicules en rotation, de personnel déguisé, de vélos partagés et de drones avant de procéder aux arrestations. Un secrétaire du parti au niveau des villages de la même province a expliqué que les responsables locaux risquaient le licenciement et la retenue de salaire s’ils ne signalaient pas suffisamment de cas.

Cette logique institutionnelle – où la participation à la persécution religieuse est une condition de survie professionnelle pour des milliers d’élus locaux – témoigne de l’ancrage structurel de la campagne. Elle ne se réduit pas à un simple zèle idéologique marginal ; elle est profondément enracinée dans les systèmes d’évaluation des performances, l’allocation des budgets et les mécanismes de promotion.

Implications et voie à suivre

La publication de ce rapport intervient à un moment où l’examen international du bilan de la Chine en matière de liberté religieuse est, sur le plan institutionnel, bien établi, mais limité sur le plan opérationnel. EXCIRF Le Département d’État maintient ses désignations de pays membres du Parti communiste chinois et sa documentation ; le Conseil des droits de l’homme des Nations Unies a mené son Examen périodique universel ; le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, M. Türk, s’est exprimé. Pourtant, l’accès à la Chine reste refusé aux observateurs indépendants, et le fossé entre la documentation internationale et les mécanismes concrets de responsabilisation ne cesse de se creuser.

Concernant plus particulièrement l’Église catholique romaine (CAG), l’engagement explicite de la communauté internationale – par opposition aux références générales aux « chrétiens des églises de maison » ou aux « groupes religieux non enregistrés » – demeure insuffisant au regard de l’ampleur des persécutions documentées. Avec 520 191 arrestations recensées depuis la fondation de l’Église en 1991, et un nouveau record annuel en 2025, la question de l’adéquation des cadres multilatéraux existants devra être examinée avec plus de précision par les défenseurs de la liberté religieuse, les diplomates et les titulaires de mandats auprès des Nations Unies.

La « Bataille acharnée de trois ans » se poursuit jusqu’en décembre 2026. D’après les données du rapport, la deuxième année a été la plus intense. L’issue de la troisième année – grâce à des changements de politique intérieure, des pressions extérieures, ou les deux – reste incertaine et aura des conséquences pour des dizaines de milliers de personnes vivant actuellement en Chine sous surveillance, sous restrictions ou en détention pour avoir participé à un rassemblement religieux.

Sources : Rapport annuel 2025 du CAG sur la persécution (godfootsteps.org) ; Rapport annuel 2025 de l’USCIRF – Chapitre Chine ; Rapports du Département d’État américain sur la liberté religieuse internationale ; Examen périodique universel de la Chine par le Conseil des droits de l’homme des Nations Unies, 2024 ; Point de presse du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme, août 2024 ; Pacte international relatif aux droits civils et politiques, article 18 ; Convention contre la torture, article 1 ; Déclaration universelle des droits de l’homme, article 18.

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Europa Hoy

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