Vie, 27 Feb 2026 06:29
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Un rapport de l’ONU sur les droits des minorités met en lumière des lacunes systémiques alors que le Conseil des droits de l’homme se réunit à Genève

Un rapport de l’ONU sur les droits des minorités met en lumière des lacunes systémiques alors que le Conseil des droits de l’homme se réunit à Genève

Religion / (United Nations

Un rapport de l’ONU sur les droits des minorités met en lumière des lacunes systémiques alors que le Conseil des droits de l’homme se réunit à Genève

Le nouveau rapport du HCDH, intitulé « Droits des personnes appartenant à des minorités nationales ou ethniques, religieuses et linguistiques », révèle une lacune critique dans la protection mondiale contre la discrimination. Présenté à la 61e session du Conseil des droits de l’homme des Nations Unies, ce document souligne que moins d’un quart des pays disposent d’une législation conforme aux normes internationales. Le Haut-Commissaire Volker Türk met en garde contre la polarisation politique croissante et les discours de haine ciblant les minorités ethniques et religieuses. Cette analyse exhaustive appelle à des réformes législatives urgentes afin de garantir une participation effective et une protection aux communautés marginalisées dans le monde entier. Découvrez les principales conclusions et les implications juridiques de cette évaluation essentielle des droits humains.

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Un rapport de l'ONU sur les droits des minorités met en lumière des lacunes systémiques alors que le Conseil des droits de l'homme se réunit à Genève

BRUXELLES – UNE rapport soumis à la soixante et unième session de la Conseil des droits de l’homme des Nations UniesL’événement, qui s’est tenu du 23 février au 2 avril 2026 à Genève, dresse un constat alarmant de la situation des droits des minorités dans le monde. Préparé par le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (HCDH), ce document – ​​officiellement désigné A/HRC/61/33 — couvre les développements survenus tout au long de l’année 2025 et présente un tableau consolidé de la discrimination enracinée, des lacunes législatives et de l’instrumentalisation croissante des discours de haine contre les minorités nationales, ethniques, religieuses et linguistiques.

Le présent rapport est soumis en application de la résolution 55/15 du Conseil des droits de l’homme, adoptée le 4 avril 2024, qui a chargé le Haut-Commissariat aux droits de l’homme de rendre compte annuellement des activités menées pour promouvoir la Déclaration relative aux droits des personnes appartenant à des minorités nationales ou ethniques, religieuses et linguistiques. Le Haut-Commissaire conclut que « Les États doivent prendre des mesures supplémentaires pour reconnaître les minorités comme un groupe risquant d’être laissé pour compte. » et de renouveler la mise en œuvre de cette Déclaration — un document qui est longtemps resté un idéal plutôt qu’un texte contraignant.

Un paysage mondial d’exclusion persistante

La principale conclusion du rapport est d’une simplicité frappante : malgré des décennies d’engagements internationaux, les minorités du monde entier continuent de subir des taux disproportionnés de pauvreté, de chômage, de précarité du logement et de violences policières. Haut-commissaire Volker Türk, s’exprimant lors de la dix-huitième session du Forum sur les questions minoritaires en novembre 2025, a attiré l’attention sur le fait que « La diabolisation des minorités était devenue une tactique commode de division et de domination pour les dirigeants cherchant à polariser, à semer la confusion et à détourner l’attention de leurs propres échecs. »

Un chiffre du rapport se distingue par son ampleur : en 2025, moins d’un quart des pays du monde avaient adopté des lois antidiscrimination conformes aux normes minimales requises par le droit international des droits de l’homme. Ce constat est d’autant plus frappant que le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (HCDH) a mené depuis 2022, en partenariat avec l’Equal Rights Trust, un travail d’élaboration de son guide pratique pour une législation antidiscrimination complète, et a lancé en juillet 2025 l’Alliance pour l’action académique « Égalité pour tous », un réseau d’établissements universitaires engagés en faveur de la réforme du droit de l’égalité.

L’étendue géographique des violations documentées est vaste. Le rapport recense les préoccupations au Pakistan, où les lois sur le blasphème continuent d’être utilisées contre Ahmadiyya et les communautés chrétiennes ; en Égypte, où bahaï Des citoyens se voient refuser la reconnaissance officielle de leur statut de personnes devant la loi ; en Iran, où les minorités ethniques et religieuses – notamment les Baloutches, les Kurdes, les bahaïs, les chrétiens et les Yarsan – sont victimes de discriminations systématiques aggravées par une application disproportionnée de la peine de mort ; au Myanmar, où la situation des Rohingyas a atteint des niveaux de souffrance sans précédent ; et en Afghanistan, où les communautés hazaras, ismaéliennes chiites, turkmènes et ouzbèkes sont confrontées à des conversions forcées et à l’expropriation de leurs terres. En Russie, une idéologie nationaliste d’État a, selon le Rapporteur spécial sur la situation des droits de l’homme dans la Fédération de Russie, « La discrimination et la violence normalisées fondées sur l’identité. »

Cadres juridiques mis à rude épreuve

Ces violations documentées doivent être interprétées au regard d’un corpus bien établi de droit international. L’article 27 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP) constitue la norme fondamentale : il garantit aux personnes appartenant à des minorités ethniques, religieuses ou linguistiques le droit de jouir de leur propre culture, de professer et de pratiquer leur propre religion et d’utiliser leur propre langue. Le Comité des droits de l’homme – organe de suivi du PIDCP – a formulé plusieurs observations finales pertinentes en 2025, notamment concernant l’Espagne (où le profilage racial pratiqué par les forces de sécurité et les retards dans l’adoption d’une législation antiraciste ont suscité des inquiétudes), la Lettonie (où la transition linguistique dans l’enseignement a soulevé des préoccupations quant à une discrimination indirecte à l’encontre des minorités linguistiques), le Viêt Nam (où les systèmes d’enregistrement obligatoire et les dispositions antiterroristes ont été jugés contraires à la liberté de religion ou de conviction garantie par l’article 18 du Pacte) et le Monténégro (où les communautés roms, ashkalis et égyptiennes sont confrontées à une exclusion persistante du logement et à une sous-représentation politique).

Le rapport invoque également, de manière implicite, l’article 18 de la Déclaration universelle des droits de l’homme (DUDH) et son développement dans l’article 18 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP), qui protègent la liberté de pensée, de conscience et de religion. Parmi les cas documentés figurent la loi tadjike interdisant le port de certains vêtements et la loi estonienne modifiant la loi sur les églises et les congrégations, ciblant les Estoniens.étranger à la culture nationale et interdire aux enfants de participer à des célébrations musulmanes, à une église orthodoxe pour des raisons de sécurité nationale — illustrent comment les États ont de plus en plus recours à des justifications sécuritaires pour justifier des restrictions que les auteurs du rapport, ainsi que des experts indépendants, qualifient de disproportionnées et discriminatoires.

La dimension européenne de cette tension est particulièrement instructive. En Estonie, un rapporteur spécial de l’ONU a mis en garde contre l’amendement visant une minorité religieuse affiliée au Patriarcat de Moscou. « pourrait constituer une discrimination religieuse institutionnalisée » et a violé de multiples dispositions du Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP). Une préoccupation similaire a été soulevée concernant la législation ukrainienne autorisant la dissolution d’organisations religieuses liées au même patriarcat. Ces deux cas soulignent le fragile équilibre que la Convention européenne des droits de l’homme (CEDH), en particulier son article 9 (liberté de religion) et son article 14 (interdiction de toute discrimination), vise à maintenir, et la mesure dans laquelle les pressions liées à la guerre ou à la sécurité nationale peuvent créer des conditions susceptibles de rompre cet équilibre.

Le volume récemment publié La foi dans les traités des Nations Unies relatifs aux droits de l’homme L’ouvrage « University for Peace » (janvier 2026), sous la direction de Michael Wiener, Ibrahim Salama et Britta Nicolmann, offre une analyse opportune de ces évolutions. Réunissant quarante contributeurs – parmi lesquels d’anciens et actuels membres d’organes conventionnels des Nations Unies, des rapporteurs spéciaux, des chefs religieux et des universitaires –, il soutient que les acteurs confessionnels et les cadres juridiques ne sont pas des systèmes antagonistes, mais, bien compris, complémentaires. Il souligne que l’architecture onusienne des droits de l’homme a, au fil des décennies, accumulé une jurisprudence substantielle à l’intersection de la religion, des convictions et du droit des droits de l’homme – une jurisprudence qui demeure sous-utilisée par les États et insuffisamment diffusée auprès des communautés qui ont le plus besoin de protection.

Discours de haine : des plateformes en ligne au discours politique

Une section du rapport du HCDH qui mérite une attention particulière concerne les discours de haine. Le document observe que « Une recrudescence des discours haineux, notamment en ligne, accompagnée d’incitations codées ou explicites à la violence contre les minorités, souvent exprimées par des politiciens, des chefs d’entreprise, des commentateurs médiatiques et autres. » Ce langage fait écho au Plan d’action de Rabat (2012), un instrument clé de droit souple qui définit le seuil à partir duquel l’apologie de la haine nationale, raciale ou religieuse constitue une incitation à la discrimination, à l’hostilité ou à la violence — et qui établit la responsabilité des États d’agir en conséquence.

Le rapport documente comment ces tendances se manifestent dans différentes régions et ciblent différentes communautés : le Comité pour l’élimination de la discrimination raciale (CERD) a exprimé son inquiétude en décembre 2025 concernant les discours de haine visant les musulmans, les Roms, les juifs et les personnes d’ascendance africaine en Suède ; le Haut-Commissaire s’est adressé au Parlement européen en janvier 2025 pour plaider en faveur de mesures plus strictes contre l’antisémitisme et haine anti-musulmane; et une conférence à Tirana en janvier 2025 a abouti au Cadre de Tirana pour lutter contre l’intolérance, qui appelait spécifiquement les entreprises technologiques et de médias sociaux à mettre en place des mécanismes transparents pour identifier et combattre les discours de haine tout en respectant la liberté d’expression.

Déficits de données et dimension de l’IA

Parmi les aspects les plus novateurs du rapport figure son traitement des données. L’absence de statistiques fiables et désagrégées sur les minorités demeure, selon le Haut-Commissaire, un obstacle persistant à l’efficacité des politiques publiques et à l’inclusion. Le rapport rend compte du travail mené par le HCDH en Moldavie pour soutenir la collecte de données désagrégées par origine ethnique, langue et religion, tout en soulignant que ce type d’investissement systématique reste l’exception à l’échelle mondiale.

Le rapport soulève également des inquiétudes concernant l’intelligence artificielle. Le Haut-Commissaire Türk, dans une déclaration faite lors de la semaine de haut niveau de l’Assemblée générale des Nations Unies en septembre 2025, a mis en garde contre les outils de police prédictive et autres systèmes basés sur l’IA. « reproduisaient les préjugés historiques à l’encontre des minorités raciales, ethniques et religieuses. » Le rapport appelle les États à soumettre la conception, l’utilisation et la réglementation de l’IA à des évaluations rigoureuses de leur impact sur les droits de l’homme et à garantir le respect des normes de transparence, de responsabilité et de non-discrimination.

Engagements sans mise en œuvre

Le rapport du HCDH se conclut par une série de recommandations destinées, de fait, aux États. Il s’agit notamment de l’adoption de lois antidiscriminatoires exhaustives, de l’inclusion effective des minorités dans les processus décisionnels, de cadres réglementaires rigoureux pour l’IA et les systèmes de données, et d’un leadership éclairé de la part des acteurs politiques et religieux dans la lutte contre les discours de haine.

Ce que le rapport met en évidence, à travers l’ensemble des cas qu’il retrace, c’est que l’écart entre les obligations juridiques internationales et les pratiques nationales demeure important. La Déclaration de 1992 relative aux droits des minorités, qui fonde le mandat du rapport, ne prévoit aucun mécanisme d’application contraignant. Le Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP) en prévoit un, mais uniquement pour les États ayant ratifié le Protocole facultatif, et même dans ce cas, les décisions du Comité des droits de l’homme ont une portée davantage politique que juridique.

La soixante et unième session du Conseil des droits de l’homme examinera, parmi les documents qui lui seront soumis, ce rapport détaillé dressant un tableau de la situation des engagements internationaux face à la réalité vécue par les minorités sur le terrain. La manière dont les États membres traiteront ce rapport – comme un appel à l’action ou comme un simple point de plus à l’ordre du jour – en dira long sur la nature de ce fossé. Les auteurs du rapport ont laissé la question en suspens, mais, selon la Haute-Commissaire, la réponse est de plus en plus urgente.

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Europa Hoy

Periodista especializado en noticias europeas y política internacional.